Foire aux questions

Qu’est-ce qu’une transition juste ?

Partout dans le monde, de grands changements se dessinent dans des secteurs essentiels de notre société : notre production et notre consommation d’énergie, de biens et même de nourriture ; nos déplacements ; la gestion de l’eau et des déchets ; la gestion et la protection de nos ressources naturelles et des paysages ; et la production des biens et services dont dépendent nos économies. Ces changements sont insufflés par le besoin de lutter contre le changement climatique et de s’attaquer aux nombreuses autres externalités environnementales et sociales de nos pratiques actuelles de consommation et de production. Mais ces changements sont également provoqués par l’adoption de nouvelles technologies, les marchés en pleine mutation ou les préférences fluctuantes des consommateurs. 

Les grands changements socioéconomiques, qu’ils soient locaux ou nationaux, sont souvent synonymes de bouleversements. Une économie plus verte et des processus de production plus durables bénéficieront dans l’ensemble à la société, mais la transition peut aussi engendrer de nouveaux coûts et de nouveaux risques pour certaines personnes. Par exemple, certaines d’entre elles pourraient perdre leur emploi ou souffrir des effets négatifs pesant sur leur activité économique locale, même si la transition permet dans l’ensemble d’augmenter le nombre d’emplois ou de renforcer l’activité économique. 

Ces perturbations, si elles ne sont pas gérées avec attention, pourront avoir d’importants effets sur les populations, surtout sur les personnes et les communautés dont les moyens de subsistance seront touchés, ou sur celles qui étaient déjà vulnérables. Ces conséquences néfastes pousseront ensuite les populations locales à résister à la transition. 

Le concept de transition juste encourage les planificateurs et les autres parties prenantes à : 

  • Promouvoir activement des processus d’inclusion sociale au moment de la planification et de la mise en œuvre de la transition (soit garantir la « justice procédurale »). 
  • Limiter les coûts ou les autres effets néfastes de la transition là où ils pèsent de manière injuste sur certains groupes ou provoquent des difficultés, et concevoir une nouvelle économie qui permet la répartition des bénéfices dans toute la société (soit garantir la « justice distributive »). 
  • Exploiter autant que possible la transition pour également réformer les structures sociales ou économiques existantes à l’origine d’injustices et/ou de vulnérabilités (soit promouvoir la « justice restaurative »). Des transitions bien pensées peuvent être exploitées pour apporter de nombreux changements positifs dans les communautés et les régions. 

Beaucoup d’enjeux sociaux, économiques et environnementaux doivent être pris en compte et dans le cadre de la gestion du processus de changement. Parmi ces enjeux se trouvent les effets sur les travailleurs, qui sont touchés par le ralentissement progressif de certains secteurs, ainsi que d’autres effets économiques ou sociaux qui peuvent toucher les communautés locales, les petites entreprises et les gouvernements locaux. Dans certains secteurs, l’une des grandes inquiétudes à ce sujet est de savoir comment gérer les effets de l’économie actuelle sur l’environnement, comme les forêts dégradées, les sols pollués ou les anciennes exploitations minières. 

Lors de la planification, il est aussi essentiel d’identifier clairement comment les différentes formes de discrimination ou de marginalisation croisées, basées sur le genre, l’origine, l’ethnicité, l’âge, etc., peuvent influencer la répartition des coûts et des bénéfices. Il est nécessaire d’élaborer des stratégies afin de tout faire pour que l’adoption de nouvelles pratiques et le passage à de nouvelles industries réduisent les inégalités et ne les augmentent pas. 

La planification de transitions justes peut servir de lien entre l’action climatique et la promotion d’autres objectifs de développement durable, car elle couvrira de nombreuses questions de politique sociale, environnementale et économique. Pour ce faire, les stratégies imaginées pour promouvoir les transitions justes doivent respecter les autres politiques et plans qui partagent les mêmes objectifs. Dans le même temps, il peut s’avérer nécessaire de modifier, ou grandement réformer, des politiques, des plans et des règles budgétaires afin de respecter la vision de la transition juste. 

L’une des activités importantes du début de la planification est de trouver un accord entre les parties prenantes afin de pouvoir définir les objectifs d’une transition juste, et ce dans n’importe quel contexte, ainsi que les principes à suivre lors de la planification (voir le Module 2.3).

Qu’est-ce que cette boîte à outils ?

Elle offre un guide pratique afin de planifier des transitions climatiques et/ou durables, équitables et inclusives. La boîte à outils présente les concepts clés et les éléments essentiels pour atteindre une transition juste : des échanges et analyses de départ, à la préparation d’un plan complet de transition. 

Les ressources ont été pensées pour servir dans de nombreux contextes et fournissent de véritables exemples ainsi que des liens vers des ressources pratiques externes

À quoi sert la boîte à outils ?

Elle peut être utilisée par des parties prenantes très différentes et impliquées dans la planification, le financement et/ou le soutien à la transition, dont : 

  • des agences gouvernementales au niveau national ou infranational, en particulier celles qui doivent lancer ou coordonner la transition ; 
  • des institutions d’aide au développement, des partenaires bilatéraux de développement, des agences internationales et d’autres parties prenantes apportant une aide financière et technique ; 
  • des organisations de la société civile, des syndicats et d’autres parties prenantes œuvrant pour une transition juste.

Comment la boîte à outils est-elle organisée ?

Elle se compose de cinq modules interconnectés : 

  1. Mobiliser les parties prenantes 
  2. Mettre au point une vision et des objectifs 
  3. Analyser les effets et les opportunités 
  4. Élaborer des stratégies 
  5. Ressources et partenariats 

Chaque module se compose d’un aperçu des activités, des outils et des méthodes clés, suivi d’une série d’exemples réels et de liens vers des ressources.

Par où commencer ?

La boîte à outils présente les nombreuses activités qui permettent de préparer et de mettre en œuvre une transition. Il peut être difficile de savoir par où commencer une planification aussi complexe. Et les défis peuvent être immenses : une économie politique réfractaire au changement ou qui ne s’implique pas activement dans le dialogue autour de la planification de la transition, des données lacunaires qui empêchent de bien analyser la situation ou de prendre des décisions, des restrictions financières ou des problèmes de coordination entre les acteurs ou les différentes expertises, entre autres. 

Alors, comment faire dans ce contexte ? Quelles mesures sont les plus importantes à court terme ? 

Pour vous aider à prendre position et à comprendre les besoins immédiats dans votre situation, il pourrait être intéressant de vous poser quelques questions d’orientation pour commencer. En vous posant ces questions, vous pourrez définir la situation actuelle ou ce qui a déjà été fait dans le contexte dans lequel vous travaillez. 

Questions d’orientation

  • Quel(s) secteur(s) vous intéresse(nt) ?
  • Quel niveau de planification vous intéresse (local, provincial ou national) ?
  • Le débat autour de la transition juste est-il déjà en cours ? (Si ce n’est pas le cas, consultez le Module 1.1) Si c’est le cas, quelles parties prenantes parlent activement de cette transition ? Les différentes parties de la communauté sont-elles au courant qu’une transition est en cours ou arrive ? Les parties prenantes qui pourraient être touchées (comme les travailleurs, les agriculteurs, les petites entreprises) sont-elles au fait des débats et y prennent-elles part ?
  • Existe-t-il une organisation qui coordonne les parties prenantes lors des dialogues sur la planification de la transition, que ce soit au sein ou en dehors du gouvernement ? (Si ce n’est pas le cas, consultez le Module 1.2)
  • Un gouvernement s’est-il engagé à soutenir une transition juste ? Quelles parties du gouvernement prennent part aux débats sur la transition ou à sa planification ?
  • Quelles informations sont disponibles publiquement au sujet des possibles effets sur le(s) secteur(s) d’intérêt ? Les informations disponibles sont-elles perçues comme fiables par les différentes parties prenantes ? Sont-elles accessibles à différentes parties prenantes, y compris à des groupes qui ne prennent généralement pas part aux processus publics de planification ? (Si ce n’est pas le cas, consultez le Module 2.2)
  • Une analyse a-t-elle été menée sur les effets possibles de la transition sur les groupes de parties prenantes, comme les travailleurs ? (Si ce n’est pas le cas, consultez le Module 3)
  • Avez-vous connaissance de mesures spécifiques ayant été mises en place pour limiter certains des effets néfastes de la transition ? Si c’est le cas, qui est la cible de cette aide (qui sont les bénéficiaires probables) ? (Si ce n’est pas le cas, ou si ces mesures sont limitées, consultez le Module 4)

Que faire lorsque les données disponibles sont limitées ou de mauvaise qualité ?

Pour planifier la transition, vous aurez dans l’idéal besoin de beaucoup de connaissances et données variées. Cependant, dans le monde réel, il manque parfois beaucoup de certaines données, ce qui limite notre capacité à prendre des décisions. Les données peuvent manquer, ne pas être accessibles au grand public, ne pas être disponibles pour la bonne échelle (nationale ou locale), ou ne pas être ventilées de manière à vraiment évaluer les inégalités et les effets distributifs (par exemple, par genre). 

Certaines activités peuvent être menées sans beaucoup de données. Par exemple, les premiers échanges avec les parties prenantes peuvent déjà donner une idée des opportunités, stratégies et risques généraux. 

La collecte de données manquantes deviendra aussi une activité importante à laquelle plusieurs acteurs pourront contribuer : les différents départements du gouvernement, des organisations de recherche et d’enseignement, des organisations de la société civile et l’industrie. Pour améliorer les statistiques relatives aux sujets clés, comme le marché du travail, il sera peut-être nécessaire de coordonner plusieurs entités, systèmes de collecte de données et niveaux (local, provincial, national et parfois international). Il peut donc être utile de commencer par nouer des liens et d’échanger ensemble sur les options possibles. 

Même lorsque vous avez des données, il peut être compliqué de garantir leur précision et leur impartialité. Pour ce faire, vous pouvez utiliser plusieurs méthodes d’analyse ou vous fonder sur plusieurs sources de données. Ainsi, vous pourrez améliorer la portée et/ou la fiabilité de votre analyse.

Comment la boîte à outils a-t-elle été préparée ?

La boîte à outils se fonde sur les connaissances et expériences mises au point par les Fonds d’investissement climatiques (CIF) et leurs partenaires lors des dernières années, ainsi que sur des recherches approfondies visant à trouver les approches et les outils adoptés dans le monde entier pour la planification de transitions justes. 

Les créateurs de cet outil ont également rassemblé des idées et des exemples issus d’entretiens avec des représentants de gouvernements, des institutions d’aide au développement, l’Organisation internationale du Travail (OIT) et d’autres organisations internationales, des organisations de la société civile ou locales ainsi que différents secteurs d’activité. 

Les exemples présentés dans les modules ne sont pas nécessairement de « bonnes pratiques ». Leur effet n’a pas été vérifié et la plupart présentent certainement des défauts par rapport à l’objectif d’une transition juste « parfaite ». Ils ont été ajoutés à cet outil afin de présenter différentes approches et différents modèles déjà mis en place, et pour inspirer ceux qui doivent trouver des activités à mettre en place dans d’autres contextes.

Citation recommandée

Atteridge, A., A. De Leo, H. Searight, M. Davis, L. Radwan, R. Madhusudanan. 2023. Boîte à outils pour la planification de transitions justes. Fonds d’investissement climatiques, Washington D.C.

Nous contacter

Nous sommes toujours heureux de recevoir vos remarques sur la Boîte à outils pour la planification de transitions justes. Si vous pensez que d’autres ressources ou exemples devraient être intégrés à l’un des modules, contactez-nous. Si vous pensez qu’un exemple ou qu’une ressource n’est pas représenté comme il se doit dans la boîte à outils, ou qu’il pose problème dans le contexte de la promotion d’une transition juste, contactez-nous. 

Contactez-nous par e-mail : 

Aaron Atteridge: aatteridge@worldbank.org 

Remerciements et références

Cette boîte à outils se fonde sur les connaissances de nombreux experts et articles. Nous n’avons pas opté pour des citations individuelles pour ne pas alourdir le contenu de cette plateforme en ligne destinée aux utilisateurs. Cependant, nous avons élaboré cet outil grâce aux connaissances et aux savoir-faire accumulés et tirés de nombreux articles et experts travaillant sur le sujet. 

Il nous faut remercier de nombreuses personnes d’avoir accepté de partager leur savoir-faire, de nous avoir dédié leur temps et de nous avoir apporté leur contribution lors de l’élaboration de la Boîte à outils pour la planification de transitions justes. C’est le cas de : Kidanua Abera Gizaw (Banque africaine de développement), Mariana Alfonso (Banque interaméricaine de développement), Laura Becerra (Neyen Consulting), Leonardo Beltran (Membre du Conseil consultatif de l’initiative des CIF en faveur de la transition juste [Just Transition Initiative]), Eva Bernard (Banque européenne pour la reconstruction et le développement), Margherita Calderone (Banque européenne pour la reconstruction et le développement), Pietro Calice (Banque mondiale), Ezgi Canpolat (Banque mondiale), Andrea Carega (CIF), Sherwin Cotta (Département des Affaires, de l’Énergie et de la Stratégie industrielle du Royaume-Uni), Marion Davis (rédactrice indépendante), Mafalda Dutarte (CIF), Kate Hughes (Banque asiatique de développement), Jairus Josol (Banque asiatique de développement), Nina Kolybashkina (CIF), Anne Lillis (CIF), Brittney Melloy (CIF), Flavia Milano (Banque interaméricaine de développement), Nithi Nesadurai (Climate Action Network Southeast Asia, soit le réseau d’action climatique d’Asie du Sud-Est), Andrew Norton (CIF), Ines Novais (Banque européenne pour la reconstruction et le développement), Sandeep Pai (Centre for Strategic and International Studies, soit le Centre d’études internationales et stratégiques), Miguel Rescalvo (Neyen Consulting), Camilla Roman (Organisation internationale du Travail), Neha Sharma (CIF), Anna Vasylyeva (Banque européenne pour la reconstruction et le développement), et Mike Ward (CIF). 

Nous avons également utilisé de nombreuses publications pour élaborer cette boîte à outils. En plus des sources mentionnées pour chaque exemple et ressource individuels, nous avons consulté :